L'agate dans l'œuvre de Suzanne Belperron : blanche, blonde ou rubanée

L'agate : la douceur minérale selon Suzanne Belperron


Pierre aux multiples visages, l'agate occupe une place privilégiée dans le répertoire créatif de Suzanne Belperron. Qu'elle soit blanche et laiteuse ou blonde aux reflets dorés, cette variété de quartz microcristallin permet à la créatrice d'imaginer des bijoux aux volumes généreux et aux textures veloutées, en rupture avec les codes de la haute joaillerie traditionnelle.


L'agate, une pierre aux mille nuances


L'agate appartient à la famille des quartz microcristallins. Sa formation géologique particulière, par dépôts successifs de silice dans les cavités rocheuses, lui confère des bandes concentriques de couleurs variées, créant des motifs naturels d'une grande beauté.

Cette pierre se décline en de nombreuses variétés selon sa couleur et sa structure : l'agate blanche, l'agate blonde, la calcédoine (agate bleue), l'onyx (agate noire), la cornaline (agate rouge orangé) ou encore la sardoine (agate brune).

Suzanne Belperron apprécie particulièrement l'agate pour sa douceur, sa luminosité et la possibilité de la tailler en formes généreuses. Contrairement aux pierres précieuses qui imposent souvent des contraintes de taille, l'agate permet de sculpter des volumes importants tout en conservant une légèreté visuelle.


L'agate blanche : pureté et élégance


Une parure emblématique dans Vogue


Suzanne Belperron choisit des agates d'un blanc crémeux pour une somptueuse parure présentée dans le Vogue américain de mai 1934. Cet ensemble comprend un magnifique bracelet très large composé de neuf rangs de boules d'agate, une bague au corps en agate orné d'une perle grise, une broche en agate incrustée de diamants taille brillant, et une paire de boucles d'oreilles en forme de feuilles dont les nervures sont serties d'une ligne de diamants taille brillant.

Cette parure illustre parfaitement la capacité de Belperron à transformer une pierre modeste en un ensemble d'une sophistication absolue.


Les broches Feuille en agate blanche


Parmi les créations les plus emblématiques figurent les broches Feuille en agate blanche et diamants, montées sur platine. Ces pièces, d'une élégance épurée, montrent comment Suzanne Belperron exploite les qualités translucides de l'agate blanche pour créer des effets de lumière subtils. La nervure centrale, sertie de diamants, traverse la feuille sculptée et lui confère un réalisme saisissant.

Un système ingénieux permettait de monter soit la grande broche, soit les deux plus petites sur un bracelet manchette plat, offrant ainsi plusieurs possibilités de port.



Les clips d'oreilles Fleur


Les clips d'oreilles Fleur en agate blanche, montés sur or gris et ornés chacun d'une perle, témoignent du goût de Belperron pour les formes organiques. Les pétales sculptés dans l'agate créent un effet de douceur et de féminité, rehaussé par l'éclat nacré de la perle centrale.



L'agate blonde : chaleur et luminosité


Des reflets dorés caractéristiques


L'agate blonde, aux teintes chaudes allant du beige au miel, constitue une autre pierre de prédilection de Suzanne Belperron. Ses reflets dorés s'associent harmonieusement aux métaux précieux et aux diamants, créant des contrastes chromatiques caractéristiques du style Belperron.


Les boucles d'oreilles feuille stylisée (1942)


Une paire de boucles d'oreilles en agate blonde et diamants, au motif de feuille stylisée montée sur or gris, datée de 1942, illustre la maîtrise de Belperron dans l'alliance des matières. Le corps bombé en agate blonde, d'une douceur satinée, est rehaussé par une ligne de diamants qui épouse la courbe de la feuille.



La broche Fleur aux deux agates


Une broche Fleur remarquable associe les deux variétés : des pétales en agate blanche et des feuilles sculptées en agate blonde, le tout rehaussé de corail rouge. Cette pièce, montée en platine et or jaune, avec un pistil et des étamines en diamants, illustre parfaitement l'art de Belperron dans la combinaison des matières et des couleurs.

L'agate bleue : la calcédoine et la parure de la duchesse de Windsor


La calcédoine, une agate aux teintes célestes


La calcédoine, variété d'agate aux teintes bleutées et translucides, occupe une place à part dans l'œuvre de Suzanne Belperron. Cette pierre, dont les nuances vont du bleu ciel au gris perle, permet des créations d'une grande sophistication grâce à sa douceur et sa luminosité particulière.



La parure la plus iconique de l'œuvre de Belperron


C'est en calcédoine bleue que Suzanne Belperron réalise la parure la plus emblématique de toute son œuvre : celle créée pour la duchesse de Windsor. Cet ensemble extraordinaire comprend un collier de deux rangs de boules de calcédoine bleue reliés par un fermoir fleur au cœur en saphirs cabochons et diamants, accompagné de bracelets ouverts composés de doubles joncs en calcédoine bleue et diamants surmontés de boules ornées d'un saphir cabochon, ainsi que de boucles d'oreilles Feuille assorties.


Lors de la vente de la collection de bijoux de la duchesse de Windsor chez Sotheby's à Genève en avril 1987, cette parure atteignit des sommets : le collier, estimé entre 6 000 et 8 000 francs suisses, fut adjugé à 275 000 francs suisses. Un témoignage éclatant de la valeur artistique des créations de Belperron en calcédoine.



L'agate et les pierres précieuses : des alliances audacieuses


Suzanne Belperron ne se contente pas d'utiliser l'agate seule. Elle l'associe aux pierres les plus nobles pour créer des contrastes saisissants :


  • Agate et diamants : les nervures de diamants traversent les feuilles d'agate, créant un jeu de lumière entre la douceur mate de la pierre et l'éclat des gemmes
  • Agate et améthyste : une célèbre parure associe l'agate à l'améthyste cabochon, créant un équilibre entre volumes massifs et touches de couleur (Vogue français, mars 1935)
  • Agate et perles : les perles, blanches ou grises, viennent ponctuer les créations en agate, ajoutant une touche de nacre à la douceur minérale
  • Agate et saphirs : dans certaines bagues, le corps en agate est orné d'un saphir cabochon, unissant deux mondes minéraux

Cette approche audacieuse confirme la philosophie de Belperron : la beauté d'un bijou ne réside pas dans la valeur marchande de ses matériaux, mais dans l'harmonie de leur association.


Les bagues en agate : un répertoire infini


Il existe de nombreux exemples de bagues au corps en agate incrusté de différentes pierres précieuses. Parmi les modèles emblématiques :

  • La bague Nuage en agate blanche, sertie de deux diamants triangulaires montés sur platine un bijou personnel de Suzanne Belperron
  • La bague Bibendum en agate brune ornée d'une demi-perle
  • Des bagues où l'agate blonde accueille un saphir cabochon central

Ces créations témoignent de la capacité de Belperron à renouveler sans cesse ses designs tout en conservant une cohérence stylistique immédiatement reconnaissable.


L'importance des archives pour l'authentification


Un épineux problème se pose pour l'ensemble des bijoux créés en pierres dures telles que l'agate, le cristal de roche, le quartz fumé et la calcédoine : ces matières rendent impossible toute application de poinçon. Seules les archives redécouvertes en 2007 par Olivier Baroin permettent de remonter à la commande originelle du bijou et d'identifier avec certitude les créations authentiques de Suzanne Belperron.

Cette difficulté de traçabilité explique l'importance capitale des archives dans l'authentification des pièces en agate. La facilité de reproduction des pièces en pierres dures, avec l'évolution des procédés industriels, rend le travail des experts particulièrement délicat.


Un héritage minéral vivant


En réhabilitant l'agate dans la haute joaillerie, Suzanne Belperron a ouvert la voie à une nouvelle conception du bijou précieux. Ses créations en agate continuent d'atteindre des prix records dans les ventes aux enchères internationales, prouvant que la valeur artistique transcende la valeur intrinsèque des matériaux.

Les pièces exposées dans les galeries d'Olivier Baroin témoignent de cet héritage : l'agate, pierre modeste par excellence, devient sous les doigts de Belperron un matériau aussi noble que le diamant.