Étoile de mer, oursin, coquillage : Suzanne Belperron et la mer

La mer dans l’œuvre de Suzanne Belperron : étoiles de mer, oursins et coquillages

Broche Étoile de mer en calcédoine, ornée au centre d’une perle fine et, à chaque pointe, d’un diamant serti clos. Collection particulière.


Après les fleurs et les feuillages de notre article sur la nature, place au monde marin. Suzanne Belperron s’y intéresse pour la splendeur de ses formes et de ses alliances de couleurs. Étoiles de mer, oursins et coquillages deviennent chez elle des bijoux sculpturaux. Mais, fidèle à sa manière, elle choisit ses motifs avec exigence : pas de poissons exotiques ni de décor d’aquarium, seulement des formes assez pures pour être stylisées.

À retenir

• Dès 1933, Elsa Schiaparelli porte dans Vogue deux clips Nautilus de Suzanne Belperron, en forme de coquillages.

• L’étoile de mer est déclinée en cristal de roche, en cornaline et en calcédoine, ponctuée de perles ou de diamants.

• Le bracelet Oursin, photographié dans Vogue en février 1936, est l’une de ses créations marines les plus célèbres.

• Elle écarte les poissons, trop naturalistes, et privilégie le coquillage, fil conducteur de son œuvre.

Le monde marin, une fascination pour les formes et les couleurs

Suzanne Belperron s’empare du monde sous-marin, qui la fascine pour la beauté de ses formes et la richesse de ses couleurs. L’une des premières traces en est publiée dans le Vogue américain du 15 septembre 1933 : deux clips Nautilus, en forme de coquillages incrustés de diamants et de gouttes en cristal de roche, sont agrafés à un collier de plusieurs rangs de perles, sur les épaules d’Elsa Schiaparelli, amie et cliente prestigieuse de la créatrice.

L’étoile de mer, dessinée fidèlement

Sensible à la beauté formelle de l’étoile de mer, Suzanne Belperron la dessine fidèlement pour plusieurs modèles de broches, réalisés en différentes dimensions et matières : une broche en cristal de roche avec une perle à la pointe de chaque branche, une autre en cornaline ornée elle aussi de perles, ou encore une broche en calcédoine avec une perle fine en son centre et un diamant serti clos à chaque pointe.

Les branches recourbées, presque vivantes, donnent à ces bijoux un mouvement que la pierre dure, polie à la main, rend avec une douceur particulière. Les coupures de presse conservées dans ses archives montrent que ces modèles ont été remarqués par les magazines de l’époque.

Coupure de magazine faisant partie du dossier de presse conservé par Suzanne Belperron. Archives Olivier Baroin.


Le bracelet Oursin, photographié par Vogue en 1936

La forme et la délicatesse de l’oursin lui inspirent un très beau bracelet, photographié pour Vogue en février 1936 et porté par un mannequin en robe du soir. Le motif central, en forme d’oursin incrusté de diamants, est fixé entre deux joncs en platine pavés de diamants qui se resserrent sous le poignet. Une pièce qui illustre la place de la créatrice dans la presse de mode des années trente.

Bracelet Oursin de Suzanne Belperron. Archives Olivier Baroin.

Mannequin portant une robe de Francevramant, un bonnet de Madame Agnès, un bracelet à motifs « rouleaux », une broche et le bracelet Oursin de Suzanne Belperron. Photo Herman Landshoff, Vogue français, février 1936.


Pas de poissons tropicaux : le refus du naturalisme

Contrairement à certains joailliers qui transforment leurs vitrines en aquarium, avec des broches en forme de poissons tropicaux aux nageoires d’or et de pierres précieuses, Suzanne Belperron les exclut presque entièrement de son répertoire : leur représentation lui paraît trop naturaliste. Seul l’hippocampe trouve grâce à ses yeux, pour sa beauté graphique.

Du poisson, elle ne retient qu’un motif : l’écaille. De nombreux modèles de bagues et de bracelets en naissent, en métal précieux incrusté de diamants ou sculptés dans le cristal de roche.

Publicité Jean Herz-Suzanne Belperron, bracelet en platine et diamants. Vogue français, février 1948.


Le coquillage, fil d’Ariane de son œuvre

Dans l’univers marin, c’est surtout sa fascination pour les coquillages qui apparaît comme un fil d’Ariane, révélant la constance de ses préférences tout au long de sa carrière. Coquillages pointus de forme hélicoïdale ou en spirale, toujours différents : la profusion de ces bijoux témoigne d’un goût durable. Ces formes si variées lui permettent de relever l’un de ses défis majeurs, mettre la matière en mouvement, et rejoignent son travail sur le volume.

Clip de revers Coquillage stylisé en or jaune et platine rehaussé de diamants. Poinçon Groëné et Darde. Artcurial.

Plâtre original du pendant de ce clip. Archives Olivier Baroin.


Le coquillage se décline dans toutes ses matières de prédilection. Dans son propre écrin figure une paire de clips d’oreilles Coquillage en cristal de roche taillé, or et platine, et ses gouaches d’atelier multiplient les variations de spirales et de volutes.

Clips d’oreilles Coquillage stylisés en or, platine et cristal de roche taillé, ornés au centre d’un enroulement de diamants. Écrin de Suzanne Belperron, collection particulière.

Gouache, projets de clips Coquillage. Archives Olivier Baroin.


Une mer stylisée, jamais imitée

De la mer, Suzanne Belperron n’a gardé que l’essentiel : la symétrie de l’étoile, la rondeur de l’oursin, la spirale du coquillage. Ce tri sévère, qui écarte le pittoresque pour ne garder que la forme, est la marque même de son style. Comme toutes ses créations, ces bijoux ne sont pas signés : seules les archives redécouvertes par Olivier Baroin (gouaches, plâtres, dossiers de presse) permettent aujourd’hui de les authentifier.