Améthyste et bijoux de Suzanne Belperron : le violet en majesté

Améthyste et bijoux de Suzanne Belperron : le violet en majesté

L'améthyste dans l'œuvre de Suzanne Belperron : le violet en majesté

Suzanne Belperron a toujours su révéler la singularité des gemmes au-delà des conventions joaillières. Avec l'améthyste, pierre chargée de symboles présente depuis l'Antiquité jusqu'à la couverture de Vogue en 1937, elle déploie une palette de violets qui va du parme délicat au velouté le plus intense. Bagues cœur, manchettes à trois rangs, broches Fleur aux pétales d'améthyste, colliers d'aigues-marines suspendant une cardinale : la créatrice fait de cette pierre l'une des protagonistes de son univers chromatique.


L'améthyste, une gemme aux mille nuances de violet


Du parme au violet velouté


L'améthyste, gemme transparente appartenant à la famille des quartz, séduit certains joailliers pour la gamme étendue de ses teintes qui leur offre, selon leur inspiration, un choix de tons délicats : parme ou lilas, rose changeant, violet rougeoyant ou un violet velouté intense incomparable. Cette polyLe bracelet manchette à trois rangs d'améthystesLe bracelet manchette à trois rangs d'améthystesphonie chromatique en fait une pierre de prédilection pour les créateurs en quête de subtilité.


Une pierre chargée de symboles


Chargée de symboles, l'améthyste représente la neuvième Tribu d'Israël et figure sur le pectoral du grand prêtre. C'est aussi elle qui orne traditionnellement la bague épiscopale des évêques, conférant à la gemme une dimension spirituelle qui traverse les siècles.


La vertu prophylactique selon les Grecs

Dans l'Antiquité, les Grecs attribuent à l'améthyste la vertu prophylactique de préserver son propriétaire de l'ivresse. Cette croyance contribue durablement à la valeur symbolique attachée à la pierre violette.


Appréciée de tout temps par les créateurs de bijoux, l'améthyste l'est plus particulièrement au XIXᵉ siècle, sous les règnes de Charles X et de Napoléon III, étant l'une des rares gemmes extraites de gisements en France. Cette particularité géographique inscrit l'améthyste dans l'histoire de la joaillerie française avant même que Suzanne Belperron ne la réinvente dans ses propres créations.


Les alliances audacieuses de Suzanne Belperron avec l'améthyste


Suzanne Belperron ose toutes les alliances, telles améthystes et saphirs jaunes, ou plus classiquement elle associe les améthystes aux diamants. Cette liberté créative se déploie aussi bien dans les bagues que dans les bracelets, les broches, les clips ou les colliers.


La bague Fleur aux saphirs jaunes et améthyste


Parmi les créations citées par les archives figure une bague Fleur aux pétales de saphirs jaunes, au cœur d'améthyste. Cette composition incarne la signature chromatique de Belperron, capable de marier le jaune solaire au violet profond dans une seule pièce où la pierre centrale joue le rôle de cœur battant.


La bague à l'améthyste cardinale en forme de cœur


Une bague en or jaune, sertie d'une importante améthyste en forme de cœur de couleur cardinale, témoigne de la prédilection de Belperron pour les pierres de caractère. Cette pièce, identifiée par Christie's, illustre la place qu'occupe l'améthyste cardinale dans le répertoire de la maison.


Le bracelet manchette à trois rangs d'améthystes


Un bracelet manchette monté sur or jaune, composé de trois rangs d'améthystes intercalés de diamants et de boules d'or, constitue l'une des pièces les plus spectaculaires de la collection violette de la créatrice. Également documenté par Christie's, ce bijou démontre la capacité de Belperron à orchestrer le volume et le rythme dans une composition multi-rangs où chaque pierre conserve sa lisibilité.



Le clip Grappe de raisin et la couverture de Vogue 1937


En mars 1937, le magazine Vogue français consacre sa couverture à une illustration de Raymond de Lavererie représentant un clip Grappe de raisin en améthystes de Suzanne Belperron. Cette parution constitue l'une des reconnaissances médiatiques les plus emblématiques de la créatrice et témoigne du statut acquis par ses créations en améthyste dès la fin des années 1930.

 


L'améthyste dans les compositions polychromes et orientales


Le collier aux aigues-marines et améthyste cardinale


L'améthyste apparaît également dans des compositions multi-gemmes parmi les plus inventives de la maison. Un superbe collier est ainsi composé d'aigues-marines baroques polies auxquelles sont suspendues une améthyste cardinale et une rubellite intercalées d'une aigue-marine. Le fermoir en or jaune martelé est composé de deux anneaux ronds de section losangique formant menotte. Ce bijou, documenté par Arthem, illustre l'art de Belperron d'orchestrer plusieurs gemmes autour d'une pierre maîtresse.


La broche Fleur aux pétales d'améthyste


Inspirée par les motifs floraux du répertoire japonais, Suzanne Belperron réalise plusieurs broches Fleur déclinées dans différentes matières. Parmi elles, une broche Fleur aux pétales d'améthyste, au cœur en rubis, saphir et diamant, illustre comment la créatrice fait de l'améthyste un pétale à part entière, dialoguant avec les pierres rouges, bleues et blanches du cœur. Cette pièce s'inscrit dans la veine orientale chère à la maison, dans la lignée des broches Fleur aux pétales de quartz fumé incrustés d'émeraudes cabochons.


Une pierre prisée par la clientèle prestigieuse


Ganna Walska, une passion violette


La cantatrice d'origine russe Ganna Walska, cliente assidue de Suzanne Belperron entre le 1ᵉʳ décembre 1937 et le 7 janvier 1939 avec soixante-cinq rendez-vous enregistrés, passera d'importantes commandes où l'améthyste tient une place centrale. Suzanne Belperron note dans ses carnets : « Topazes, améthystes broche Fleur ; bague agate blanche d'après un dessin ; clip améthyste, rubis, saphir, topaze ; clip or et émeraudes ; ceinture en améthyste ; collier turquoise, améthyste ; broche indienne rubis et perles. » Cette accumulation, allant du clip à la ceinture en passant par la broche Fleur, témoigne d'une véritable passion pour la pierre violette dans le répertoire de la cantatrice.


Le comte de Bismarck et les boucles d'oreilles améthystes


Le 29 décembre 1951, le comte de Bismarck, secrétaire de Madame Harrison Williams, dépose chez Suzanne Belperron une paire de boucles d'oreilles en turquoises et brillants et demande le même modèle en améthystes. Lors de ce même rendez-vous, il évoque trois perles de rivière violettes ; Suzanne Belperron lui en offre trois provenant de son stock personnel pour lui soumettre un projet de boutons de plastron et de boutons de manchette sur de la nacre. Cette anecdote, précisément datée dans les archives, illustre la confiance accordée à la créatrice pour des commandes en améthyste hautement personnalisées.


L'importance des archives pour l'authentification


Comme pour les autres gemmes utilisées par la maison Belperron, l'authentification des bijoux en améthyste repose sur un travail d'expertise rigoureux. Les pièces non poinçonnées ou portant uniquement le poinçon de l'atelier (Darde et fils notamment) ne peuvent être identifiées avec certitude qu'en croisant leurs caractéristiques avec les archives redécouvertes en 2007 par Olivier Baroin. Les carnets de rendez-vous, qui mentionnent par exemple les commandes datées du 29 décembre 1951 ou la série passée par Ganna Walska entre 1937 et 1939, permettent de remonter à la commande originelle et de garantir l'authenticité d'une création de la maison.


Un héritage violet en majesté

De la couverture de Vogue 1937 aux pièces les plus secrètes de Ganna Walska et du comte de Bismarck, en passant par la bague cœur cardinale et le bracelet manchette à trois rangs, l'améthyste irrigue l'œuvre de Suzanne Belperron sous toutes ses formes. À l'image de ses créations en tourmaline, aigue-marine ou turquoise, l'améthyste demeure l'une des signatures chromatiques majeures de la maison, un violet en majesté qui traverse les époques avec la même intensité.