Bagues de Suzanne Belperron : Yin et Yang, Toit, Tourbillon

Bague Tourbillon en calcédoine ornée d’un rubis birman cabochon. Collection particulière.
Après les pierres et les sources d’inspiration, cet article s’attache à un seul bijou. La bague traverse toute la carrière de Suzanne Belperron, de sa propre bague de fiançailles dessinée en 1923 à des modèles encore réalisés en 1974. Volumes francs, pierres dures sculptées, noms choisis pour leur poésie : voici les modèles qui résument le mieux le style d’une bague Suzanne Belperron.
À retenir
• Sa bague de fiançailles Yin et Yang, datée de 1923, en or jaune martelé, reste un modèle emblématique de la profession.
• La bague Toit, modèle emblématique de son répertoire, se décline du platine pavé de diamants à l’or jaune serti de pierres de couleur.
• Le corps de nombreuses bagues est taillé dans le cristal de roche, l’agate, la calcédoine ou le quartz fumé.
• Deux bagues Toi et Moi en platine et perles figurent dans ses écrins personnels.
La bague Yin et Yang, sa propre bague de fiançailles
La première bague Yin et Yang, datée de 1923, est sa propre bague de fiançailles, et elle a sans doute pour elle une signification particulière. Dessinée à l’automne, elle associe l’or jaune martelé à un diamant de taille ancienne offert par Jean Belperron, ingénieur qu’elle épouse à Besançon le 11 juillet 1924. Ce modèle reste emblématique de la profession.

Bague Yin et Yang en or jaune martelé, ornée d’un diamant de taille ancienne. Propre bague de fiançailles de Suzanne Belperron, 1923. Écrin de Suzanne Belperron, collection particulière.
Le principe du yin et du yang, venu de l’Extrême-Orient, lui inspire ensuite des bagues qui remportent un vif succès : en or ou en platine, incrustées de diamants, de saphirs et de rubis, ou ornées d’une perle grise et d’une perle blanche. Le modèle traverse les décennies : en mars 1972, Marie Laforêt porte en couverture de Vogue une bague en or vierge sertie de brillants, identique à la bague de fiançailles (photo Helmut Newton).
La bague Toit, modèle emblématique de son répertoire
Un dessin conservé dans ses archives montre la bague Toit en cristal de roche, platine et diamants. Suzanne Belperron la décline ensuite dans de nombreuses versions. En platine, elle est pavée de diamants sur deux, trois ou quatre rangs, et une gouache du modèle propose deux pavages différents.

Bagues Toit en platine pavé de diamants sur deux, trois et quatre rangs. Écrin de Suzanne Belperron, collection particulière et Christie’s.
En or jaune, elle est composée de saphirs, de rubis, d’émeraudes, de tourmalines, d’aigues-marines, d’améthystes et de kunzites dans un pavage serti grain. Une autre version porte deux perles boutons : dans le Vogue anglais de 1936, une bague Toit à deux perles présentées face à face est assortie à un bracelet en agate blanche rehaussé d’une perle.

Bague Toit en or jaune composée de saphirs, de rubis, d’émeraudes, de tourmalines, d’aigues-marines, d’améthystes et de kunzites dans un pavage serti grain. Collection particulière.

Bracelet en agate blanche rehaussé d’une perle, assorti d’une bague Toit à deux perles présentées face à face. Vogue anglais, 1936. Eric Erikson/Vogue © The Condé Nast Publications Ltd.
Le corps de la bague taillé dans la pierre dure
Les innovations techniques d’Adrien Louart permettent d’ajuster des sertissures de pierres ou des picots de perles dans des pierres dures : cristal de roche, quartz fumé, agate, calcédoine. Il en naît d’infinies variations, où Suzanne Belperron joue avec les tonalités des pierres. La vente des bijoux de l’atelier Louart à Drouot, le 8 décembre 1992, en donne la mesure : un jonc en agate bleue avec un saphir cabochon, un autre en aigue-marine ornée d’une tourmaline rectangulaire à pans coupés, un modèle en quartz fumé avec une perle, une chevalière de quartz rose ornée d’une citrine ovale. On y découvre aussi une bague Bibendum en agate brune rehaussée d’une perle.

Bague Bibendum en agate brune ornée d’une demi-perle. Collection particulière.
Elle aime particulièrement associer aux diamants le cristal de roche, poli ou dépoli. Ses bagues au corps en cristal incrusté d’un diamant font « l’effet d’un glaçon dans l’eau ». Sa bague personnelle est ornée d’un diamant « vieille mine », taille navette d’environ 12 carats, serti sur platine. Les dessins de cette bague sont conservés dans ses archives.

Bague personnelle de Suzanne Belperron dont le corps en cristal de roche est orné d’un diamant « vieille mine », taille navette d’environ 12 carats, sertissure en platine. Écrin de Suzanne Belperron, collection particulière.

Dessins de la propre bague de Suzanne Belperron en cristal de roche et diamants. Archives Olivier Baroin.
Elle ose aussi des matières plus inattendues, comme l’ébène rehaussée d’un saphir cabochon. Diana Vreeland, parmi ses amis prestigieux, adorait son style : la vente de ses « bijoux de couture » par Sotheby’s à New York, le 21 octobre 1987, comprend une bague non identifiée à l’époque, au corps en calcédoine bleue surmonté d’un saphir cabochon ovale. Elle est de Suzanne Belperron.

Bague en ébène, rehaussée d’un saphir cabochon dans une sertissure en platine, d’après un dessin exécuté vers 1930. Aguttes.
Tourbillon, Boule, Fiacre : des noms choisis pour leur poésie
Ses carnets de rendez-vous montrent qu’elle baptise ses créations pour la résonance poétique des noms plutôt que pour leur référence formelle ou historique : bagues Camomille, Turban, Louis XIV ou Corde. Le turban indien lui inspire des bagues en or ou en pierres dures, serties de perles ou de pierres : cette forme, dessinée dans ses carnets dès son adolescence, donne à la matière l’illusion du mouvement.
La bague Tourbillon existe en calcédoine ornée d’un rubis birman cabochon, ou en or jaune et platine, ornée d’un saphir central et rehaussée de lignes de diamants. La bague Boule en or jaune associe des cabochons de turquoises en serti nid d’abeille à une ligne de saphirs taille émeraude. La bague Dôme en or jaune est sertie de péridots, de tourmalines et d’olivines. Quant à la bague Fiacre de 1942, en or jaune, citrine et diamants, elle existe aussi en broche.

Bague Boule en or jaune, ornée de cabochons de turquoises en serti nid d’abeille, intercalés d’une ligne de saphirs taille émeraude. Collection particulière.

Bague Fiacre en or jaune, ornée d’une citrine et de diamants, 1942. Collection particulière.
Une bague pensée pour une main et une personne
Avant chaque commande, Suzanne Belperron s’enquiert du style de vie de ses clients et observe la morphologie du visage, la teinte de la peau et la forme des mains. Une cliente assidue se souvient ainsi d’une bague commandée par l’épouse d’un chef d’État africain, réalisée en quartz fumé et diamants jaunes, teintes idéales pour s’accorder à sa carnation.

Bague en or jaune et quartz fumé comportant un bandeau serti de diamants jaunes. Écrin de Suzanne Belperron, collection particulière.
Ses carnets tiennent le compte de ces commandes, tours de doigt compris. Le 18 octobre 1946, la princesse Aga Khan demande une bague en or pour sa « belle émeraude », au doigt 53. En novembre 1938, Madame Gary Cooper commande une bague en or fin, livrée à l’hôtel George-V. Le 28 juillet 1939, le duc de Kent achète une bague ornée d’un saphir de 10 carats.
Toi et Moi : les bagues de son écrin personnel
À l’ouverture de ses coffres, plusieurs bagues sont découvertes dans ses écrins, et les perles y sont bien présentes : deux bagues Toi et Moi en platine, dont l’une réunit une perle blanche et une perle noire, une bague ornée d’un Mabé sur or gris, et une bague personnelle en platine portant une perle fine bouton de 26,42 carats, dont les palmettes sont serties de diamants baguettes.

Bague Toi et Moi en platine comportant deux perles : une blanche et une noire. Écrin de Suzanne Belperron, collection particulière.

Bague Toi et Moi en platine comportant deux perles. Écrin de Suzanne Belperron, collection particulière.

Bague en platine comportant une importante perle fine en forme de bouton, 105,68 grains (26,42 carats), palmettes serties de diamants baguettes. Écrin de Suzanne Belperron, collection particulière.
Authentifier une bague Suzanne Belperron : des modèles repris pendant cinquante ans
Ses modèles sont repris de son vivant et déclinés dans différentes pierres. La bague Cerf-volant en témoigne : dessinée dans les années trente, elle est encore réalisée pour une cliente en 1974. Cette longévité impose la prudence, car une même bague peut connaître plusieurs versions personnalisées à des décennies d’écart. Comme ses autres créations, ces bagues ne sont pas signées : seules l’expertise stylistique et les archives de la créatrice, qui recensent 6 729 clients et environ 45 000 rendez-vous, permettent à Olivier Baroin de les authentifier et de les dater.

Bague Cerf-volant en platine ornée de deux diamants, réalisée en 1974 d’après un dessin des années 1930. Collection particulière.